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04 septembre 2008
5 questions à Lieven Vanstraelen, Directeur Général de FEDESCO (Belgique)
Par Valérie Blanchot-Courtois le 4 septembre 2008 |
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Fedesco est une société publique belge de Services Energétiques (ESCO), créée en mars 2005 à l'initiative du Gouvernement Fédéral en Belgique.
Sa mission est de réaliser et préfinancer des projets qui contribuent à des économies d'énergie dans les bâtiments publics fédéraux en utilisant le "système de Tiers Investisseur".
FEDESCO est membre d'agora energy.
Lieven Vanstraelen, vous êtes le Directeur Général de Fedesco. Pouvez-vous nous expliquer le système de tiers investisseur à la base de vos actions ? Quel est votre budget annuel ?
Lieven Vanstraelen : "Le mécanisme du tiers investissement est un système de préfinancement qui permet de réaliser des investissements d’économies d’énergies et de rembourser ses investissements sur plusieurs années en utilisant les flux financiers venant de la réduction de la facture énergétique. Cela veut dire que la consommation d’énergie et les émissions de CO2 du client, dans notre cas l’état fédéral belge, diminuent immédiatement, alors que les dépenses restent constantes (faisant abstraction de l’éventuelle hausse des prix). Une fois les investissements remboursés il y a également un gain financier net. Dans certaines formules les investissements se trouvent « hors bilan », ce qui permet de préfinancer ses investissements - mais aussi les audits, les études, les frais de maintenance et les intérêts financiers - sans endettement. Ce dernier peut être intéressant pour les pouvoirs publics dans le cadre des « normes de Maastricht. .../... ».
".../... Fedesco agit comme tiers investisseur pour le compte de l’état. Le client qui rembourse Fedesco est donc l’état belge dont les dépenses annuelles en énergie dans les bâtiments sont de l’ordre de € 150 millions. Aujourd’hui les clients internes sont en réalité les administrations (services publics fédéraux ou SPF) et autres occupants environs 1.800 bâtiments, qui paient les factures énergétiques et disposent donc également de la capacité de remboursement à Fedesco. Il s’agit de dizaines d’entités publiques dont certains très grands qui occupent des centaines de bâtiments, comme le SPF Justice, le SPF Finances ou la Police Fédérale. Il s’agit de beaucoup de bâtiments administratifs, mais aussi de prisons, palais de justice, casernes de police, dépôts de la sécurité civile, des musées nationaux et même les palais du Roi. Fedesco s’est donné comme objectif de réaliser un plan d’investissement pluriannuel de travaux et services de € 210 millions dont € 152 millions de travaux de rénovation énergétique. Pour cela Fedesco dépose actuellement d’une capacité d’endettement de € 10 millions, un montant qui devrait bien sur être augmenté à l’avenir pour réaliser le plan d’investissement. Le modèle de Fedesco est basé sur une externalisation quasi-complète au secteur privé. Fedesco est dans ce sens un « intégrateur » de services d’efficacité énergétique et une bonne partie de nos activités consistent en du pilotage et de la gestion de projet et de l’organisation de marchés publics. Nous investissons également € 1,5 millions dans l’installation d’environs 3.200 m² de panneaux solaires photovoltaïques sur les toits de 3 bâtiments publics fédéraux. Aujourd’hui il s’agit avant tout d’un projet qui vise à démontrer le rôle d’exemple des pouvoirs publics, plus qu’une mesure appliqué à grande échelle. Finalement, en tant que Centre de Compétences Public en matière d’efficacité énergétique et tiers investissement nous offrons également des conseils et un service de « transfert de savoir-faire » aux autres niveaux de pouvoirs publics de notre état fédéral, c’est à dire les régions et communautés, les provinces, ainsi que les villes et communes. Nous avons aussi un rôle de stimuler le développement du marché des services énergétiques et du tiers investissement en Belgique. Dans ce sens nous sommes à la base de la création de l’Association d’ESCO belges."
Pouvez-vous nous donner quelques exemples de projets que vous avez financés en 2007 et en 2008 et qui vous semblent bien illustrer la nature de vos activités ?
LVS : "2007 et même 2008 restent des années ou le nombre de projets, en particulier au niveau des travaux d’investissements, a été encore modeste en raison d’un certain nombre d’obstacles que nous sommes occupés à essayer de lever. Nous avons réalisés des travaux d’isolation de toits et de conduits de chauffage, de pose de pare-soleils extérieurs ou encore des systèmes d’extraction d’air chaude dans des salles informatiques. En plus des 9 audits réalisés en 2006, nous avons audité 25 bâtiments supplémentaires. Nous offrons également des services d’Energy Care dans 15 bâtiments. Nous menons actuellement une campagne de sensibilisation « aux économies d’énergie sur le lieu de travail » dans 20 bâtiments, ce qui concerne 6.000 membres du personnel. Afin de détecter des anomalies et de mesurer les consommations et économies d’énergie, nous investissons également dans un système de monitoring, comptabilité et vérification énergétique très performant et basé web. Il sera installé dans un premier temps dans 30 grands bâtiments, mais le but est de gérer à terme l’ensemble du parc immobilier grâce à cet outil. En 2008 nous avons initié un projet de plus de € 10 millions de ce que nous appelons des « mesures transversales ». Ce sont des mesures que l’on rencontre dans beaucoup de bâtiments tels que l’isolation des toits et sols de greniers, des remplacements de chaudières vétustes, de modifications des systèmes de réglage des installations HVAC, des relighting/relamping ou encore des films solaires posés à l’intérieur des vitrages. Contrairement à un audit ou l’on regarde quels sont les différents mesures applicable dans un bâtiment donné, nous regardons chacune des mesures transversales et déterminons dans quel bâtiment elle est applicable. Cela permet non seulement d’avancer beaucoup plus vite en groupant plusieurs bâtiments dans un seul marché public, mais également de faire des économies d’échelles en termes de frais de gestion de projet et d’obtenir de meilleurs prix des fournisseurs."
Quels sont les principaux freins à la réalisation des projets que vous menez ?
"Aujourd’hui nous souffons de 3 principaux obstacles : D’abord il nous manque encore un vrai engagement pluriannuel du gouvernement au niveau du plan d’investissement. Aujourd’hui nous travaillons encore dans un cadre budgétaire annuel incompatible avec un mécanisme de remboursement intrinsèquement pluriannuel. Cela est essentiel pour permettre aux occupants de s’engager dans des projets ayant parfois des temps de retour sur investissement allant jusqu’à 10 ans. Le deuxième obstacle est une procédure d’obtention et redistribution de ces budgets très lourde et longue. Dans le contexte politique actuel plutôt instable en Belgique, l’approbation du budget de l’état prend en plus des retards importants depuis 2 ans. Le dernier grand obstacle, et probablement le plus important, est l’obligation de signer un contrat avec ces clients internes pour chaque étape d’un projet. Non seulement cela nécessite des accords à plusieurs niveau, mais également à chaque fois un avis de l’inspection des finances. L’administration n’est pas toujours très rapide ce qui n’arrange rien. Peut-être un dernier obstacle, mais il est plutôt la conséquence des 3 premiers est un effectif en personnel très limité. Même si le business plan prévoit d’être 15 personnes d’ici fin 2012, actuellement nous ne sommes que 3, bientôt 4. Nous travaillons intensivement à une modification en profondeur de ce fonctionnement et je suis confiant qu’à partir de 2009 et certainement 2010 nous serons beaucoup plus efficaces."
Pouvez-vous nous indiquer la plus belle réussite de FEDESCO ?
J’aimerais pouvoir lister le nombre importants de travaux importants déjà réalisés, mais malheureusement ce n’est pas le cas. Je dirai que la plus belle réussite est la reconnaissance que nous avons pu bâtir en 3 ans d’être un acteur important et innovant dans le secteur de l’efficacité énergétique. Notre expertise en matière de services énergétiques, de tiers investissement, de « Contrats de Performance Energétique » ou encore de contrat de concession de toits pour les panneaux solaires sont reconnus par l’ensemble du secteur. A travers le transfert de savoir-faire nous avons en plus un impact indirect au-delà du niveau fédéral. Cette expertise est même reconnue au-delà des frontières de la Belgique et nous sommes actuellement consulté par des bureaux d’études français et par l’ADEME pour aider à la mise en place d’ESCO publiques ou des fonds de tiers investissement en France.
Est-ce que FEDESCO a un équivalent en France et dans d’autres pays européens ?
LVS : "En France il n’y a actuellement pas de vrai équivalent, même si des projets dans ce sens sont étudiés, comme je viens de vous expliquer. Dans d’autres pays européens, il existe des entités semblables. Je peux citer des ESCO comme la Berliner Energieagentur ou la Grazer energieagentur. Leur domaine d’activité est fort proche de la notre - même si elles ne se limitent pas uniquement au secteur public - et comme Fedesco elles mettent en place des « Contrats de Performance Energétique ». La différence est qu’elles agissent avant tout comme consultant et que c’est le client qui signe les contrats avec les ESCO privés. Fedesco est un vrai intégrateur avec des contrats « back to back ». Nous sommes donc pouvoir adjudicateur pour le compte des occupants. Dans d’autres cas c’est un service de gestion d’un patrimoine de bâtiments publiques qui peut gérer ses activités. Mais le modèle d’une société anonyme de droit publique autonome, mais travaillant en même temps exclusivement pour et main en main avec les occupants des bâtiments, est assez unique en Europe. En anticipant et évitant les obstacles auxquels Fedesco a fait face, cela représente une vraie opportunité pour n’importe quel pouvoir public propriétaire et occupant d’un grand nombre de bâtiments."
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